lundi 25 mai 2015

Les sous tombent et les mots manquent...

Voilà les résultats de deux collectes organisées par vous et pour Dibas. L'une en France par Mathilde, Manu et Fanny. L'autre en Corée, à la sortie de la messe de première communion de mon filleul Priam. Oui, je sais, ça craint, je n'y étais pas.

Une soirée à Domène, Isère

Je vous mets le récit de Mathilde, c'est le mieux.


Comme je te le disais, on a organisé hier  une soirée à Domène en présentant un diaporama de notre voyage de 4 mois en Asie avec un focus sur le Népal et un appel aux dons pour le projet de Dibas et Samdoavenir.


Résultat : une salle ( 120 personnes) pleine à craquer , des personnes debout et plein d'enfants assis par terre . Un public de 6 mois à 89 ans. Les français (enfin, ne nous emballons pas, nos amis et les Doménois sont avec vous et les Népalais..)


Et point de vue brouzouffe : 
- 33 maisons pour le projet Dibas  (soit 3035 €)
- 1475€ pour Samdoavenir
Et 1000 euros en plus pour chaque projet, à venir par la paroisse de St Martin d'Uriage (!!!!) On attend confirmation....

Les mots me manque, mais quelle belle soirée...
Ouf, pas mal non ?

La sortie de messe en Corée

 Chez les Granier, on fait les choses bien : une belle tirelire a été bricolée (inutile de demander, je l'ai réservée, elle est pour moi). Et c'est Priam qui a versé les premiers sous.

Marianne avait 5 minutes pour présenter le projet Dibas et convaincre les 30 familles présentes de verser quelques sous. 870 euros ! Beau rendement à la minute ! Et je vous dis pas en Won.

Où en sommes-nous alors ?

Alors, accrochez-vous bien. Sans compter les sous de la paroisse, nous en sommes au total faramineux de 21 340,68 euros soit 24 lakhs en roupies népalaises (24 x 100 000) soit 240 abris soit 240 familles à l'abri de la mousson.

C'est phénoménal. Merci à tous ! Sérieux, c'est incroyable. Merci de votre confiance. Allez, dans l'article suivant, je vais vous montrer comment nous les avons déjà dépensés.



Findings from the 2015 Nepal Earthquake


Some explanations of Nepal Earthquake. Sorry, all in English.


vendredi 22 mai 2015

Prémonitions, je m'aime

Prémonitions


Deux photos qui n'ont rien à voir avec le titre mais pour l'anecdote :
- deux balais offerts par les villageois pour être venus voir leurs maisons écroulées (nous étions les premiers "secours"). Attention, c'est de la qualité export.
- les oiseaux ont des moments de folie : ils font des meutes dans les arbres (les vils corbeaux) ou se posent à 30 cm de nous... n'importe quoi.



Hier, nous avions une soirée. A la maison. Avec des amis de l'escalade mais qui se sont reconvertis dans la construction d'abris (en bambous pour eux). Comme tant d'autres par ici.

Cela a parlé tremblement de terre, comme d'habitude. Les deux petits en ont marre, ils sont allés se réfugier à l'étage en prétextant des devoirs à faire (pas crédibles les garçons).

Et là, Laura prend le livre de la saison 2 (chaque année depuis que nous sommes ici, je colle dans un ouvrage mes délires), le feuillette et tombe sur un post du 9 mai 2014. Héhé. Extraits (oui, je sais, je me foule pas trop aujourd'hui) :
Fermeture du consulat de France d'ici fin août, retrait des services administratifs de l'ambassade à la fin décembre, vente de la résidence de l'ambassadrice, ne resteront que l'ambassadrice et sa secrétaire... nous savions que l'état français était pauvre, les conséquences ici sont directes.

La communauté française est toute chamboulée et surtout s'interroge : que se passera-t-il en cas de séisme ? Réponse officieuse "organisez-vous entre vous !". Cool. Et si nous avons besoin de papiers ou les népalais de visas ? Il suffira de passer par l'Inde. Et en cas d'accident de touristes (le touriste est imprudent, nous les savons tous) ? euh... il vaudra mieux passer par une grande agence :-)
J'avais déjà mis le séisme en gras (vous pouvez aller vérifier si vous voulez :-) ). Et nous avons eu l'accident du touriste sans grande agence en décembre... et pour les visas, eh bien, c'est quand même un peu la galère même si une solution est en cours de négociation avec la Suisse et le Danemark pour émettre des visas pour notre beau pays :-)

Bon, fallait pas être devin non plus, l'exploit n'est pas si grand.

Dragounet aura-t-il des petits ?

Autre thème fréquent des discussions, les répliques à venir de Dragounet. Entre ceux qui prévoient l'apocalypse pour dans deux jours et ceux qui disent être tranquilles pour 80 ans au moins, il y a de la marge mais toutes les places sont occupées.
Alors, comme nous sommes une famille de scientifiques (enfin, certains plus que d'autres), Patrick est allé assister à une conférence hier et j'ai interrogé Yves par mail avant. Résumé :

La réunion de Patrick


super présentation où on apprend
  • que le séisme de 2015 est une répétition de celui de 1833 et non 1934
  • que katmandou a bougé de 1.8 mètres en moins de 5 secondes, vers le Sud Ouest, monté de 0.6 mètre dans la zone sud, 1 m au nord

  • que la zone de glissement a bougé par endroit de 3 à 4m

  • que les montagnes du mahabaratha au Sud de la ville n'ont pas glissé, donc les contraintes sont fortes dans ce coin avec plusieurs scénarios possibles [mais avec plein de sismologues qui vont déferler étudier cela]

  • que les risques de gros tdt sont très peu probables (en général, survient dans les 3 jours qui suivent un séisme)

  • que la répétition de 1934 est encore à craindre, mais potentiellement décalé vers l'Est

  • que le plus gros séisme survenu au Népal est celui de 1505 (je crois...) avec un glissement qui a atteint 23 m par endroit et qu'il a un temps de retour de 1100 ans, donc pas pour de suite et que la répétition de 1934 peut survenir à tout moment entre maintenant et 2050 [mais comme c'est vers l'Est, moi, perso, VGW, je m'en fiche un peu là tout de suite]

 Le compte rendu de Yves (dit Yves the young)



Je reviens d'Isterre où j'ai rencontré Philippe Gueguen.
Ce que j'ai retenu et compris de notre entretien de tout à l'heure est que les spécialistes ne peuvent pas dire qu'aujourd'hui le risque d'un nouveau séisme dévastateur sur katmandu soit plus fort qu'il y a 6 mois, un an ... et voire même comme les plaques se sont déjà partiellement fissurées lors du séisme du 25, le risque pourrait même être considéré comme moindre qu'avant.
Ben voilà qui est quand même encourageant non ?

Le projet de Dibas

17 065 euros Impressionnant. D'autant plus que les deux virements sont arrivés hier et que cela va faire une sacrée liasse de billets à retirer à à reverser à Dibas ce soir ou demain !
Une somme si importante que la banque népalaise a appelé Patrick hier et lui a demandé à quoi il destinait ces fonds.
Tous les népalais nous conseillent de mentir et d'incriminer les dégradations dans notre maison ou de notre jeep. Ils ont peur que l'argent soit préempté par le fonds du premier ministre. Quelle manque de confiance :-)

En parlant de jeep, le devis est arrivé et le montant est salé. Si salé que nous avons alerté Shoki, le copain de Raphaelle, dont le père et le frère sont garagistes. Et là, badaboum, le garage où nous allons est sur liste noire (si j'ai bien compris, c'est pas bon signe). Il surfacture. Il faut transférer la voiture. Problème, la voiture est éclatée en petits morceaux et nous n'avons pas un Philippe Chanteloube ici pour nous aider à faire le tri (comprendre : faire le tri pour nous). Heureusement, Raphaëlle et Shoki négocient et cherchent des solutions pour nous. Trop de la chance.

Benoît a terminé le lycée hier en passant son dernier examen de Physique. ça fait bizarre. Pas de retour au Népal pour lui en août. Et Raphaëlle et Catherine partent la semaine prochaine en vacances en France. Là aussi, ça fait bizarre. Et Béatrice et Jean François qui quittent le Népal fin juin. Là encore, ça fait bizarre. C'est une fin d'année bizarre finalement.

Allez, je m'arrête là et je pars à la banque avec mes lunettes de soleil pour rester incognito et retirer les picaillons de Dibas.







mercredi 20 mai 2015

Des nouvelles plus perso

Vite fait, les nouvelles personnelles des Gnongnon. On va faire thématique.

Le moral

C'est hyper étrange. Nous avons l'impression de bien aller mais, de petits détails montrent que nous sommes un poil perturbés. Plus que d'habitude je veux dire. Non, Patrick ne renonce pas à l'escalade (il y va d'ailleurs avec Luc ce soir, oui, Luc. Benoît révise). Mais, bizarrement, nous avons tous le sentiment que parfois, ça tremble (alors que non, l'alarme ne sonne pas). Tout d'un coup, l'un d'entre nous lève les yeux, regarde les autres et pffff, encore une fausse impression.

Certains, dans leur maison, ont installé des verres d'eau et regardent alors la surface.

Quand cela tremble pour de vrai, comme hier soir, avec un bruit sourd dans le mur, on se lève d'un bond... et puis on se rassoit car l'alarme n'a pas sonné (si j'allais vérifier les piles moi ?). Nous sommes de grands nerveux.

Hugues a eu un coup au moral avant hier quand il a appris que son prof de physique quittait le pays : comment allait-il faire son "practical" de physique avant l'examen ? Il a été rassuré hier. Le prof a préparé le practical et un autre prof surveillera. Comme quoi, Hugues est nerveux lui aussi.

Benoît est content de ses examens, so far. Il n'a que deux jours encore et puis ce seront les vacances. Réflexion ce matin : "c'est le dernier jour où je me lève tôt cette année scolaire". On voit la motivation.

Physique

On rassure la foule inquiète : le pied de Luc est guéri. Miraculeusement. C'en est même louche. Moi, mes coups de soleil du WE sont toujours là. Je n'ai pas fait semblant, moi.

Vie pratique

Nous avons tout : eau, gaz (nous avons terminé une bouteille et avons déjà été livré d'une nouvelle), électricité à un niveau dément (la machine Nespresso fonctionne à fond ! une explication de la nervosité ?) comme nous n'en avons rarement eu. On trouve de tout dans les magasins.

Il faut que je me bouge le popotin pour faire réparer l'auto-cuiseur à riz. Il a flambé lors de son dernier fonctionnement. Ballot.

On doit décider pour la voiture : réparera - réparera pas. 5000 $ minimum de réparation ou 2000 $ de vente en pièces détachées.

La circulation dans la ville est toujours beaucoup plus calme que d'habitude, c'est agréable. On évite cependant les rues étroites et privilégions plutôt les grosses avenues. Après Dragounet 1, les népalais en moto conduisaient encore plus mal que d'habitude et plus vite. Après Dragounet 2, ils se sont calmés. Je cherche une explication mais n'en trouve pas.

Hugues se détend tous les soirs en entretenant et réparant les vélos. C'est un pro. Et c'est super d'avoir un technicien comme cela à demeure. Hier il a réparé les vitesses et les freins du vélo de Luc. Je ne sais pas si ce dernier l'a remercié. Problème entre frères, ne nous en mêlons pas.

Les fleurs de l'arbre du jardin sont en train d'éclore. Bien non ?

L'aide

Les journaux locaux parlent du tdt dans toutes les éditions et relatent les succès et échecs ou défauts de l'aide. Ils ont de quoi tenir plusieurs mois.

16 305 euros pour le projet de Dibas ce matin. Bien, cela monte doucement et tranquillement. C'est super. Merci beaucoup.

Premières images pour le film en création avec Deepa dans un campement proche de l'aéroport. Cela m'oblige ensuite à faire de la place sur l'ordinateur qui n'en peut plus mais... et grosses réflexions ensuite sur "comment aider" avec en conclusion (forcément personnelle) que c'est bien d'aider les personnes que l'on connaît mais que c'est bien aussi de donner à de grosses associations qui seront en contact avec des gens que l'on ne connaît pas et qui n'ont pas de réseau. Je peux développer si cela intéresse certains.

Cette après-midi, j'irai avec Béatrice et Elisabeth dans le Nord de la ville pour plus d'images encore. Allez j'arrête, vous avez de quoi lire pour toute la journée je crois.






Une info et un impressionnant compte-rendu de mission dans le Langtang


Ivana Kudela nous signale cette action de la Radio tchèque (c'est sûr, sans elle, je ne l'aurai pas su :-) ). Alors pour ceux qui peuvent y être vendredi, n'hésitez pas.



Pour info :
La Radio tchèque a lancé une collecte de fonds pour venir en aide aux personnes touchées par les récents séismes au Népal. Les personnes souhaitant contribuer à cette collecte peuvent verser de l’argent sur un compte spécial ou par SMS.
Il sera aussi possible de se déplacer personnellement vendredi et de faire un don au sein-même du bâtiment de la radio. Cette collecte doit permettre de rassembler des fonds pour aider deux villages en particulier, celui de Simthali et celui de Dahu. Les fonds récoltés serviront à la reconstruction des maisons et la construction d’une école.
Plusieurs autres collectes en faveur du Népal ont déjà été organisées par des ONG tchèques, dont le gain le plus important a été réalisé par l’organisation Člověk v tísni (plus de 22,4 millions de couronnes)


ET VOICI LE RÉSULTAT :
La collecte de fonds organisée par la Radio tchèque tout au long de la journée de vendredi pour venir en aide aux victimes des récents séismes au Népal a rapporté près de 4,2 millions de couronnes (soit plus de 150 000 euros). Cette collecte par téléphone à laquelle ont participé de nombreuses personnalités doit permettre de contribuer à la reconstruction de deux villages en particulier, à Simthali et Dahu. Plusieurs autres collectes en faveur du Népal ont déjà été organisées par des ONG tchèques, la plus importante par l’organisation Člověk v tísni (23 millions de couronnes soit 839 000 euros).
 


Christophe Abou, de l'agence Azimut Népal, est allé dans le Langtang pour distribuer de l'aide. Lisez son récit, c'est édifiant. Les photos sont de son fils, Donan, qui aurait peut être mieux fait d'aller à l'école ce jour-là :-)

Cette première mission de distribution d’urgence fut une vraie aventure !

Tout d’abord cette première mission fut préparée en effectif réduit, entre les guides rentrés chez eux pour vivre en famille pendant ces jours sombres et mon partenaire Himal qui après avoir lutté contre la mort a fini par s’en sortir au bout d’une semaine. Il nous faudra plus de monde pour préparer la prochaine mission afin qu’elle se déroule de manière plus souple.
Ensuite cette mission s’est préparée dans l’incertitude, incertitude en ce qui concernait l’état de la route, et donc quelle poids de véhicule utiliser, mais aussi incertitude d’un point de vue de sécurité, on entendait parler de pillage d’aide humanitaire, ce qui nous amena à demander l’aide de la police, ce qui fut je pense inutile.
Pour terminer les préliminaires la préparation de cette mission s’est achevée dans l’urgence. Urgence pour tout préparer dès que la route allait ouvrir, ouverte pas ouverte, ouverte refermée, ce qui ressemblait plus à une course contre la montre qu’à autre chose …

Enfin c’était notre première expérience d’une mission qui allait s’avérer d’une telle ampleur.

Après avoir terminé le chargement de quinze tonnes de vivres et matériel samedi soir, puis dimanche matin à 5h30 du matin, nous voilà partis, en convoi de neuf camions chargés à ras bord, direction le Nord vers le district de Rasuwa où se trouvent nos villages.

L’équipe:
- Ganesh Magar et un de ses cousins. Ganesh est comptable et guide culturel pour Azimut Nepal. Il a créée en 2014 l’association Social Voyage Nepal. Tous deux du district voisin de Dhading, et appartenant à une autre ethnie que nos bénéficiaires. Fantastiques d’implication. (http://www.socialvoyagenepal.org/)
- Renjin Tamang, de Thulo Shyapru, ancien guide d’Azimut Nepal.
- Sonam Singi Tamang, de Thulo Shyapru, guide d’Azimut Nepal.
- Sonam Sangbo Tamang, de Thulo Shyapru, guide d’Azimut Nepal.
- Donan Abbou Chiron, 14 ans, mon fils.
- Christophe Abbou, directeur d’Azimut Nepal.

Nous attendent à Shyapru Besi:
- Karpu Tamang, de Thulo Shyapru mais habite Shyapru Besi où il gérait la Green Guest House, jusqu’au tremblement de terre, ancien guide d’Azimut Nepal.
- Rabin Tamang, de Gatlang, guide d’Azimut Nepal.
- Sandesh Tamang, de Gatlang, porteur-guide d’Azimut Nepal.
- 3-4 autres jeunes volontaires de Gatlang.

Une première attente à Galchi dans le district de Nuwakot, pour voir arriver deux policiers puis une deuxième escorte plus sérieuse jusqu’à la limite du district de Rasuwa, où nous attendait presque une troisième escorte.
Presque car elle a fini par nous escorter au bout de 20mn d’attente dans le bazaar de Betrawati, avec 9 camions garés sur la petite route de campagne. Ça a mis un bon boxon dans la circulation plutôt fluide que nous connaissons ces jours au Népal.
Jusque là c’était une jolie promenade dans la campagne népalaise.
Puis on commence à voir des maisons endommagées, puis d’autres détruites mais ce n’est pas encore aussi impressionnant que ce à quoi on se préparait …
Enfin nous voilà à Dunche, préfecture du district de Rasuwa, et fin de notre première journée d’escorte. Là aussi les séquelles du séisme prennent plus d’ampleur. Les bâtiments administratifs ont pris cher, tout comme une partie des maisons anciennes du bazaar.


On nous dit qu’on nous emmène au centre administratif de la préfecture où le préfet, le commissaire, et le major de l’armée sont en réunion de coordination. Bon, pourquoi pas puisqu’on ne nous laisse pas le choix et que ce sera un bon moyen de rencontrer le chef local de la police et le remercier de son aide (qui n’était en fait pas nécessaire…).
Rencontre d’un préfet qui ne répond pas à mon Namasté en entrant dans son bureau, je parle plus avec d’autres interlocuteurs et finit par m’entendre dire que je dois voir le LDO, le responsable départemental du développement … Il n’est pas plus au courant de pourquoi du comment mais nous rencontrons dans son bureau un très sympathique local qui se présente comme le président de la chambre de Commerce Rasuwa-Chine et qui me propose son aide. Et ça tombe bien, il est de Goljung, un village que nous avons intégré parmi les bénéficiaires.
Il nous explique devant le LDO qu’il serait mieux pour nous de passer la nuit à Dunche car Shyapru Besi, notre destination, n’est pas sure au niveau sécurité. Il nous parle de locaux en colère après l’assistance qui ne leur serait pas destinée, et pour cause, ils habitent un bazaar.

Nous passons donc notre première nuit, le tente sur le toit d’un hôtel, plein, mais ni branlant ni fissuré.
Nous repartons le lendemain, toujours escortés de la police, et accompagnés de notre ami « Goljung Chine » avec sa voiture privée et d’autres jeunes locaux au style un peu trop moderne …
Nous arrivons enfin à Shyapru Besi, et là ce qui surprend c’est l’apathie des quelques personnes croisées. Tous les hôtels sont vides, fissurés ou branlants. Pas un touriste à la ronde.

À peine arrivés au bout du bazar, on nous arrête car la colline qui surplombe Shyapru est défigurée par un glissement de terrain qui continue de déverser des rochers d’une hauteur de plusieurs centaines de mètres. J’en profite pour retrouver Rabin, Sandesh et les autres amis de Gatlang venus pour aider à la distribution.
Les roches s’arrêtent de tomber et nous reprenons notre chemin vers une aire plate 100 mètres au-dessus de Shyapru, près d’une école, fissurée elle aussi. Le problème de ce glissement de terrain, hormis le fait qu’il met en péril le bazaar de Shyapru Besi, c’est qu’il a emporté une partie de la route qui mène à Goljung et Gatlang…
Nous sommes alors accompagnés par de plus en plus de locaux en moto rameutés par notre Mr Goljung-Chine, et je comprends qu’en réalité, il est affilié au parti du Congrès, et qu’il s’apprête à faire de la vilaine récupération électorale.
Quasiment au même moment, on me dit qu’il y a des rumeurs en ville, comme quoi les 2 autres principaux partis politiques vont aussi venir pour nous donner « un cop de main » et je sens la mission humanitaire tourner au coup de force entre partis …
Il me faut alors prendre une décision difficile, mon grand-père m’a appris à ne pas demander mais accepter aide ou cadeaux si ils viennent du cœur. Hors là, je n’étais pas tout à fait convaincu du cœur du Monsieur Chine … Je dois donc demander au gros monsieur puissant et local de replier ses gaules et ses sbires et nous laisser gérer tout ça entre nous.
Pourtant tous ses gars nous auraient été bien utiles …

Nous voilà donc sur notre aire de distribution, en fait un terrain de foot improvisé, avec une belle vue, comme toujours au Népal. Vive le foot, on profitera des poteaux pour accrocher des bâches nous faire un peu d’ombre et protéger les 400 sacs de riz (douze tonnes svp!), que nous nous devons donc décharger, ainsi que 3 tonnes d’huile, sel et sucre, 200 kg de turméric, 650 bâches plastiques, 1200 savons, etc … et nous ne sommes plus qu’une petite douzaine.
Pendant que nous déchargeons, le petit peuple Tamang s’attroupe autour, de loin d’abord puis plus près. Des faces de soleil, sales et burinées, édentées, vêtements troués, déchirés, pied nus ou en sandales de plastic, des regards francs, des sourires qui sonnent juste.
C’est prêt, il nous faut maintenant recenser les présents, qui ne représentent pas toute la population des deux villages, et pour cause. Baburam et Prachanda, les deux chefs maoïstes les plus charismatiques, sont venus en hélicoptère, hélicoptère que nous n’avons pas pu obtenir pour transporter nos vivres là haut, sont venus rendre visite au petit peuple édenté pour leur promettre la reconstruction de leur village. Insh Buddha …
On installe donc, on s’installe, on se rend compte qu’on a perdu le sac dans lequel se trouvaient des paires de ciseaux pour couper les matelas, des sacs plastiques pour mettre le mélange de grains, et pour couronner le tout on ne remet pas la main sur le sac de corde de nylon pour les bâches mais aussi pour délimiter des corridors de passage des bénéficiaires.

On envoie quelqu’un pour en racheter au bazar plus bas, et paf, notre « film héro » de Goljung qui débarque pas content. Ah oui, celui-là, il avait débarqué le matin présenté par Mr Chine Goljung. Il a joué dans un film ou deux, et le fait savoir.
Donc il est pas content car il n’a pas pu nous aider, enfin au début, en puis il n’est pas content parce qu’on ne pourra pas donner de bâches à tous les gens de Goljung, qui en ont déjà reçu, ainsi que du riz, de la part de la Chine, pas Mr Chine pour le coup, et du projet électrique de Chilime, tout proche.
Ça finit électrique, les policiers n’interviennent pas mais sont autour, ça discute, ça discute, lui en Tamang pour baratiner, moi en Népali pour rassurer et me mettre tout le monde de mon coté, ce qui marche, il s’en va en râlant, et en nous disant qu’il ne veut pas de notre aide… Quel début …

Je vais donc voir les gens de Goljung massés un peu plus haut, pour leur expliquer le tout du tout, que nous ne sommes ni une ONG ni un gouvernement, mais une initiative privée, qui vise en priorité Gatlang et Thulo Shyapru, mais qu’on va distribuer à 80 familles, de manière égale, on a refait entre temps un petit point sur les besoins des Gatlangelis, bien plus mal lotis que les Goljungis.
Là-dessus, la colline continue de s’effondrer de plus belle, des rochers gros comme des voitures tombent sur la partie Nord du Bazaar où plus personne n’ose s’aventurer.
On finira par s’habituer aux chutes régulières des rochers. Tout ça se passe à un petit kilomètre de nous.
Et c’est parti, on commence la distribution tant bien que mal, les sacs plastics sont arrivés, mais on n’a pas de mètre pour couper les matelas de 3 mètres. Heureusement les népalais sont pleins de ressources et au moins deux d’entre eux nous montrent ce que fait 1 mètre sur leur corps, debout!


Ah, on n’a pas séparé le turméric en petit sachet de 200grms, il nous faut des volontaires, qu’on trouve parmi les femmes Gatlangelies, et on improvise une mesure et un entonnoir pour remplir les sachets. C’est parti !

Et on a retrouvé le sac de cordes qui nous permet de faire un chemin pour les bénéficiaires. Et il se met bien sur à pleuvioter, pas des trombes d’eau mais il pleut. En tout cas ça avance, on termine les … familles de Gatlang et on attaque les 80 familles de Goljung, il est 17h30…

La fin de la journée se passe bien, fatigante, mais heureux du boulot accompli.
Mais pas tout à fait accompli … On se rend compte que les 97 familles qui ne sont pas venues aujourd’hui, vont venir le lendemain, et qu’il faut donc dormir sur place, autour des sacs de riz et autres victuailles, fortement convoitées en ces temps de crise.
Je tiens à souligner la décence et le comportement exemplaire des Tamangs de Gatlang et de Thulo Shyapru, qui vivent tous sans exception sous des tentes de fortune, à plus de 2000 mètres d’altitude, dans un état de terreur indescriptible et dans des conditions que si nous les vivions nous ne serions même pas à ramasser à la petite cuiller tellement on serait en poudre...

Ils n’ont jamais connu ça et n’y étaient pas du tout préparés. À cela s’ajoutent des croyances et superstitions qui n’arrangent pas toujours le tout.
Nous voilà donc à planter la tente et passer une deuxième nuit, sous tente, beaucoup plus sympa que la précédente, même s’il se met à pleuvoir dans la soirée.

Et du coup, j’ai du laissé la distribution Thulo Shyapru-Brabal à mes guides de là bas, je savais qu’ils assureraient, mais je n’ai pas pu aller les voir pour leur parler de votre aide. Les guides l’ont fait, ils m’en ont parlé ce soir.

Réveil devant notre paquet de paquets de riz, un peu moins frais que la veille, ça pompe les tonnes de riz à porter mine de rien … pas de thé, j’ai oublié d’en prendre, quelques biscuits feront l’affaire jusqu’au dal bhat qu’on essaiera de ne pas louper cette fois. Et comme on a donné un sac de mélange de grains au monastère qui nourrit toute cette bonne populace Gatlangelie, ça devrait être plutôt bon.
Allez, c’est reparti pour une deuxième journée de distribution. Que des Gatlangelis, pas de prise de tension, mais aujourd’hui, la chaleur est particulièrement intense et il n’y a pas d’ombre sur ce terrain de foot, pour cause …

On termine finalement la distribution, on remballe, on nettoie et on va manger enfin … Sauf que c’est encore le dal jaune et pas le mélange qu’on a donné au Gompa… Ben ça mange le Gatlangeli, et il faut être rapide …

Cet après-midi, nous avions décidé avec Rabin, de grimper à pied jusqu’au tronçon de la route par delà le glissement de terrain, et d’aller à Gatlang en moto, histoire de me rendre compte par moi même de l’ampleur des dégâts.

C’était juste avant le tremblement de terre … celui d’aujourd’hui … et dont l’épicentre semble être à Bigu, encore proche de Sindupalchowk, le district voisin de chez nous, et qui a été très affecté par le second tremblement de terre du 26 Avril. Et c’est un district beaucoup plus peuplé que Rasuwa, donc il y a là bas beaucoup plus de victimes, et beaucoup, si ce n’est la totalité, de l’aide, est dirigé là bas. Et à Gorkha.
Donc ça a commencé à bouger, on s’est tous dit que c’était une secousse, sauf que ça a continué de bouger et de vibrer, déclenchant depuis le sommets des collines environnantes des glissements de terrain et des chutes de pierre, on a tous compris que c’était un nouveau séisme … Ça a hurlé, les gens remontaient la colline chargés de sacs de 30 kg de riz …
Une personne a été blessée et emmenée aussitôt à l’hôpital du bazaar.
Le séisme du jour n’a bien sur pas aidé la route de Gatlang et un pan de la colline n’a pas manqué de s’effondrer, recouvrant une partie du Bazaar de Shyapru d’une épaisse fumée. Mais plus de peur que de mal de ce coté là.
 Et pour lui éviter d’avoir à m’attendre pendant l’aller-retour à Gatlang qui allait durer 3 heures, je venais de quitter Donan, mon fils de 14 ans, que j’ai réquisitionné pour un stage de vie, et que j’avais envoyé avec un de nos guides au Bazaar, histoire qu’il ne soit pas seul sur ce terrain de foot ensoleillé … Et plus de communication … Après quelques minutes, qui m’ont paru une éternité, il a réussi à me joindre pour me dire qu’il était sain et sauf, et que son frère et sa mère l’étaient aussi à Katmandou.
Donc nous voilà partis avec Rabin, d’abord à pied, raide la colline comme toujours, suivant le long cortège de Tamangs colorés et odorants, portants sac de riz, matelas au vent et sacs de vivres, puis moto jusqu’à ce que j’ai ou nous, pour certains d’entre vous, avons connu comme village nommé Gatlang. C’est maintenant un village fantôme, plus personne ne peut habiter sa maison, elles ont toutes été affaissées, tordues, démontées, détruites …
La seule bâtisse avec un semblant d’armature en béton, l’école, est fissurée de partout et plusieurs de ses murs sont tombés, les classes remplies de débris …
Plus de centre santé, plus d’école, plus de monastère, plus de centre communautaire, c’est tout ce que possédait le village.
La population s’est déplacée, plus ou moins loin du village, et vit dans des abris de fortune, recouverts de bâches plus ou moins défraichies, vêtus comme ils peuvent, avec ce qu’ils ont pu arracher des ruines de leurs maisons, dans les champs, assez abattus et effrayés.

Je n’ai pas pu y passer plus de temps car je devais rentrer à Shyapru Besi pour retrouver mon fils qui y était seul. Retour par la même route, toujours en moto, redescente au Bazar pour y retrouver Donan, et dormir dans la seule GH du Bazaar qui soit sans trace apparente du séisme ... seau pour prendre une douche.

Nous venons de rentrer de dîner chez Karpu, une cahute faite de tôles ondulées, de bambous et bâches plastiques, avec Renjin, Sonam Singi et Sonam Sangbo. C’est propre et arrangé au mieux de ce qu’ils peuvent, il y vit avec les siens, son hôtel est à moitié détruit, et il va surement devoir le raser …
 Il est 2h du matin et la colline ne cesse de s’effondrer, à tel point que par moment s’en est effrayant, on ne voit rien, nuit noire, mais on entend des bruits de rochers fracassant d’autres rochers ou on ne sait quoi … J’en ai même peur pour notre sécurité.
C’est sûrement pour cela que j’écris ce récit détaillé, pour ne pas oublier, pour oublier …
Nous sommes, aujourd’hui mercredi 13 Mai, de retour à Katmandou après une longue et fatigante journée de route, par endroit les glissements de terrain ont laissé des passages instables et promettant de nouveaux accidents à tout moment.
Les destructions sont partout, Rasuwa, Nuwakot, Dhading, les trois districts que nous avons traversés sont dévastés, et il est difficile de trouver un endroit où poser le regard sans voir une maison éventrée ou un glissement de terrain. Les gens dorment partout dans des abris de fortune, craignant de nouvelles secousses.
Et il en est de même dans les districts de Lamjung, Gorkha, Sindhupalchowk, Dolakha, Ramechhap …

La première phase de la mission d’urgence pour les villages de Gatlang, Thulo Shyapru et Brabal, va continuer en ce qui concerne l’assistance en riz, jusqu’au mois de Juillet, selon les besoins … On peut espérer que le gouvernement népalais va finir par faire quelque chose.
Ensuite les récoltes, de pommes de terre puis de maïs, leur permettront de vivre en autonomie. Actuellement, les laiteries sont détruites, les fermiers consomment donc leur lait et ont des œufs, et de la farine de blé, en train d’être moulue. Il reste un seul moulin à eau en état de fonctionner.
Pour la phase d’urgence alimentaire, nous allons inclure le village de Gré, 148 maisons toutes inhabitables, 635 habitants, qui fait partie de la Communauté de Communes (VDC) de Gatlang, et qui tout aussi touché que Gatlang, à la place de Goljung, plus central et dont la population, qui compte en son sein des personnes influentes et aidée par le projet hydroélectrique de Chilime, est mieux armée pour faire face aux rudesses de la mousson et de l’hiver.
Le détail des bénéficiaires, des denrées et matériels distribués, ainsi que le détail des dépenses vont suivre très prochainement.

Nous commençons cette semaine à organiser le deuxième convoi d’urgence, qui sera mieux préparé et tout aussi près des besoins des populations Tamangs de Rasuwa que nous aimons tant.
La terre continue de trembloter et les camps en plein air ont repris de plus belle dans la capitale qui a vu de nouveaux bâtiments fragilisés pas les précédentes secousses s’effondrer, et avec une nouvelle énergie de désespoir et de terreur.
J’imagine que le Népal est de retour dans les colonnes des journaux occidentaux, on s’en serait bien passé.
À tout bientôt et encore merci de votre soutien sans faille et de votre inestimable confiance.
Nous comptons (ils ne l’espèrent pas) sur vous pour nous aider de toutes vos capacités et connexions pour nous aider à les aider à reconstruire leurs vies déjà bien difficiles.
Himalayennement,
ps: Les photos sont de Donan, qui a été super pendant tout le trip.